Entretien avec Dominique Hummel, président du directoire du Futuroscope - Troisième partie

Article Attractions du Lundi 01 Novembre 2010


Retrouvez la précédente partie de cet entretien


Propos recueillis par Pascal Pinteau

Parlons maintenant des ANIMAUX DU FUTUR et de la réalité augmentée. C’était une première mondiale dans un parc à thème…

Oui, et c’était aussi, en partie, un retour vers l’image, mais en prouvant que le Futuroscope pouvait être à l’avant-garde de la technologie, ce qui était le cas avec Imax au tout début, en 1987. Dans ma réflexion, je voulais nous replacer sur l’innovation technologique. Peut-être que j’ai fait l’erreur de pousser un contenu intéressant et basé sur le travail de la BBC, mais qui malgré son thème futuriste, ne scotche pas assez les gens. Si c’était à refaire, je ne suis pas sûr que j’appliquerais la réalité augmentée à ce thème-là, qui par ailleurs a été un peu une contrainte. Mais sur le principe, prendre une innovation technologique et la présenter au public dans un lieu comme celui-là, c’était assez sensé. Mais cette technologie n’est pas encore allé jusqu’au bout de ses possibilités. Je n’exclus pas que nous retravaillions le thème de cette attraction dans le futur, pour présenter la réalité augmentée dans ce qu’elle a de meilleur.

Certains visiteurs sont un peu déçus par la définition des images interactives 3-D relief générées par le système de réalité augmentée…

Oui, mais cela va progresser. Il y a beaucoup de choses qui vont s’améliorer. D’abord les capacités des ordinateurs embarqués et donc le degré de définition des images des animaux. Ensuite, il y aura une refonte du décor, pour qu’il soit plus immersif. Et enfin, il faut améliorer la maniabilité de l’objet que tiennent les visiteurs. Nous comptons utiliser de toutes petites caméras munies d’écrans que les visiteurs pourront poser sur leurs yeux, et cela fonctionnera un peu comme un système de photo sur un téléphone portable. Encore une fois, je ne suis pas sûr que nous conserverons ce thème, quand nous arriverons à la période de renouvellement, que je situe dans deux ans.

Cette année, la nouvelle attraction est ARTHUR L’AVENTURE 4D, qui marque votre première incursion dans la pure fiction, liée au thème de l’écologie….

Oui, il me semblait important de revenir à nos fondamentaux, en s’associant à un grand nom. Notre objectif avec Buf compagnie pour les images et avec Jora Vision pour les décors intérieurs, c’était de réaliser quelque chose qui soit du niveau des meilleures attractions mondiales. Le challenge, c’était de réussir une nouvelle attraction qui ne soit pas ridicule à côté de Disney ou des autres grands parcs américains, sans bénéficier de budgets aussi énormes. ARTHUR, pour moi, c’est le « sans faute » pour l’instant. A peine avons-nous eu quelques légers problèmes techniques en début d’exploitation, mais ils ont été résolus depuis.

ARTHUR fait donc son double travail : il est numéro 1 en termes de satisfaction, et il a généré de l’attractivité. Je voudrais aussi dire un mot des attractions de second niveau – en termes d’investissement – qui sont devenues des grands succès auprès des visiteurs, comme LES YEUX GRANDS FERMES, le parcours dans le noir où l’on est conduit par un guide non-voyant, ou comme le spectacle vivant présenté dans l’ancien Palais des Congrès. Certaines d’entre elles sont entrées dans le Top 5 des visiteurs. Donc, quand je regarde le Top 10 du visiteur, je trouve un tiers de choses qui n’existaient pas il y a 5 ans, un tiers de choses qui ont été refaites de fond en comble, et un tiers de nouveautés basées sur le renouvellement des images. Nous progressons dans le bon sens. Et j’espère qu’avec les augmentations de capacité des attractions sur lesquelles nous travaillons, tous les visiteurs pourront faire cette expérience des trois tiers au cours de leur visite.

ARTHUR L’AVENTURE 4D était votre toute première attraction de pure fiction, projetant les visiteurs dans un univers totalement thématisé. C’était donc un pas très important à franchir…

Oui, mais nous étions confiants. Il s’agissait dans ce pavillon de réutiliser une technologie d’image que nous connaissions bien, en insérant de nouveaux effets. Le risque était d’autant plus mesuré, que l’univers imaginaire d’Arthur et les Minimoys était déjà très connu. La thématisation du bâtiment a permis une vraie rupture, rendue d’ailleurs un peu délicate par le fait que Besson aurait aimé que nous travaillions avec Hughes Tessandier, son chef décorateur. Nous avons pris un prestataire Jora Vision, plus dans notre échelle de coûts, qui a travaillé sur la base de planches de dessins remis par Tessandier.

Et là, nous n’avions pas intérêt à nous louper, car je tenais à ce que Besson soit fier de tout le pavillon, et non pas seulement de sa partie, la réalisation du film. Il a été vraiment bluffé par la qualité des décors réalisés, pour un peu plus d’un million d’euros. Quand les responsables de Disney sont passés cet été, ils étaient sidérés, car c’est trois à quatre fois moins cher que ce qu’ils font de leur côté.

Pourriez-vous vous associer à d’autres cinéastes pour développer des attractions de pure fiction ?

Oui. Nous rêvons de nous associer avec James Cameron à l’occasion de la sortie d’AVATAR 2, en renouvelant le film présenté dans la salle du Tapis magique, qui serait revue et corrigée pour améliorer les sensations et la découverte de l’écran sous le sol de verre. Il arrive que les rêves se réalisent…

Quel est le processus au terme duquel le concept d’une nouvelle attraction est choisi et validé par tous les décisionnaires du Futuroscope ?

C’est assez simple. En général, cela s’appuie sur une idée ou une technologie, comme cela a été le cas avec les robots Kuka, la réalité augmentée pour l’attraction  LES ANIMAUX DU FUTUR ,  l’univers de Besson. C’est ce qui me permet de ne pas avoir une page totalement blanche quand je demande au conseil général de valider une intuition. Pour prendre l’exemple de DANSE AVEC LES ROBOTS, nous sommes allés visiter l’usine Kuka avec quelques élus. Pour la réalité augmentée, nous l’avons découverte au Japon, dans le pavillon Hitachi de l’exposition d’Aichi, puis nous y sommes retournés avec Alain Fouché, le président du conseil général de la Vienne. Luc Besson les a convaincus aussi. J’essaie toujours de leur proposer quelque chose de palpable pour initier la discussion, puis nous affinons le projet.

Actuellement, la 3-D Relief se répand dans les salles de cinéma, tout comme l’Imax numérique. Les téléviseurs HD de grande taille remplacent peu à peu les écrans traditionnels dans les foyers, et les premiers écrans 3-D relief sont désormais disponibles et fonctionnent bien. Tout cela vient certainement entamer une partie de l’intérêt du public pour les images projetées…Est-ce que cela ne va pas changer profondément la donne pour un parc comme le Futuroscope, qui, avant vous, a été longtemps « le parc de tous les formats de l’image» ?  Allez-vous être obligé d’aller vers ce que l’on ne peut trouver que dans un parc à thème, c’est à dire les décors, les animations, les effets spéciaux en direct, l’immersion dans l’ailleurs ?

J’ai déjà un peu répondu à cela, je crois. Il faut que nous attirions le visiteur avec des expériences uniques, avec des « plus » qu’il ne peut vivre qu’au Futuroscope. La réponse est donc « Oui », car c’est un nouveau challenge. Et la seconde réponse est « Tant mieux ! », car cela va nous pousser à aller de l’avant et à initier une démarche artistique. D’ailleurs en termes de relief au cinéma, on attend encore le grand réalisateur qui va tout réinventer…

Il n’y en a qu’un, pour l’instant…

Oui, un, mais qui ne sort un film que tous les cinq ans, ce qui ne suffirait pas pour alimenter nos salles ! Cela relativise l’impact des films en relief sur l’évolution des goûts de visiteurs. Et n’oublions pas qu’une expérience de parc, c’est une chose globale.

Votre première expérience réussie avec les robots Kuka dans DANSE AVEC LES ROBOTS pourrait-elle vous inciter à les utiliser autrement, notamment pour transporter les visiteurs dans des décors en se déplaçant sur des rails, comme Universal l’a fait récemment dans l’attraction HARRY POTTER ET LE VOYAGE INTERDIT ?

Non, je pense que nous avons déjà donné du côté des robots, et que nous allons maintenant réfléchir à améliorer que ce que nous présentons déjà. J’aime beaucoup ce qu’à fait l’aquarium de Saint-Malo avec le Nautibus, où l’on est plongé dans l’eau, dans des coquilles en forme d’œufs, qui vous entraînent ensuite dans des paysages. Cela pourrait être une de nos prochaines approches pour travailler le thème de l’imaginaire, autour des grands rêves futuristes de l’homme : voler, nager comme un poisson, aller vers les étoiles, visiter les abysses, être plus fort grâce à la technologie… Nous aimerions entraîner les visiteurs sous l’eau pour leur montrer des cités englouties, des mégapoles sous-marines du futur, aller dans la mer de Mars, etc. Voilà à quoi nous songeons pour l’avenir du Futuroscope.